Souvenirs d’enfance (2)
Je suis né à Val-d’Or en 1963. C’est là que j’ai grandi et vécu avec mes parents, mon frère et mes trois soeurs.
Notre maison était située à 2 milles nautiques de l’aéroport, dans le prolongement de l’axe de piste (voir image ci-bas). C’est ce qui explique pourquoi tous les avions survolaient notre demeure toujours à la même place, comme s’ils suivaient une route invisible. Avec une pente d’approche de 3°, ça donne une altitude moyenne de passage de seulement 550 pieds au-dessus de chez nous.
C’était particulièrement spectaculaire lorsqu’un avion militaire Voodoo le faisait à vive allure. La maison entière vibrait alors. Ça faisait rager ma mère chaque fois. Moi j’aimais cette sensation de puissance qui traversait tout mon corps. Si j’étais dehors, je ne pouvais m’empêcher de lever les yeux au ciel pour admirer ce spectacle.
Je devais avoir 12 ou 13 ans lorsque j’ai découvert qu’une route menait à cet aéroport. Un bon 3 milles a pédaler pour se rendre au bout. Mon oncle Gaston, qui était à cette époque le gérant du IGA, avait coutume d’acheter les bleuets que nous ramassions mon frère et moi sur cette route. Avec le temps, on a découvert que les plus gros étaient au bout du chemin, juste derrière la clôture où c’était écrit RESTRICTED AREA.
J’aimais bien cet endroit, pour les bleuets bien sûr, mais aussi pour le point de vue sur le ventre des gros porteurs. Couché sur le dos, à moins de 500 pieds du seuil de piste, la sensation était suprême. Ça devait passer à 50 pieds. Bien mieux que dans notre cour. Nous revenions tout énervés et en perdions nos petits fruits.
À la même époque, mes parents louaient une garçonnière au sous-sol. Un petit appartement de 1 pièce et demie où chambrait un étudiant d’origine italienne. Un dénommé Daniel Musorrafiti.
Je me souviens être un jour entré dans son appartement en suivant ma mère qui s’affairait à y réparer je ne sais quoi. J’ai encore en mémoire cette forte odeur d’ail qui régnait dans la pièce. Ma mère disait qu’il croquait l’ail comme une pomme.
Sur sa table de cuisine, il n’y avait guère de place pour manger... mais plutôt une montagne de livres et de cartables, remplis de chiffres et de diagrammes bizarres. – Maman, c’est quoi tous ces livres? Daniel veut devenir pilote de ligne, m’avait-elle répondu. Ça m’avait beaucoup impressionné. J’ai dû le manifester d'une manière ou d'une autre, car quelque temps après, Daniel nous invita à monter faire un tour en avion.
Nous avons pris place dans le Cessna (probablement un modèle 172). Ça sentait l’ail dans le cockpit. Je crois que mon frère, Luc, avait pris la place du copilote. Moi j’étais assis à l’arrière avec ma soeur, Sylvie. Nous avons décollé au crépuscule. La ville était magnifique vue d’en haut, brillante de milliers de feux. J’ai aimé cette sensation que j’éprouvais pour la première fois, c’était tellement plus calme qu’en voiture. Puis nous sommes revenus sur la terre ferme, trop rapidement selon mes souvenirs. Ce fut notre baptême de l’air à tous.
Peu après Daniel a quitté l’appartement. C’est le dernier souvenir que j’ai de ce jeune homme.
J’espère pouvoir un jour, offrir une telle joie à un enfant.
Posté le vendredi 6 février 2009

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Une vue aérienne de Val-d’Or. À droite l’aéroport avec sa piste de 10,000 pieds construite en 1962. Le point jaune marque l’emplacement de notre maison, et l’axe jaune représente la trajectoire des avions en approche finale piste un-huit. Le point rouge, c’était notre bleuetière.

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Jusqu’au milieu des années ’70, les Forces armées canadiennes exploitaient des installations militaires sur le site de l’aéroport. Ici un CL-101 au décollage (communément appelé Voodoo jet).

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Un avion d’entraînement Lockheed T-33 Shooting Star sur un socle de béton. Je passais devant tous les jours, sur la route de l’école secondaire. Un cadeau des Forces armées canadiennes offert à la ville de Val-d’Or lors de la fermeture de la base militaire en 1976. |