Vol voyage commercial de P. Mayette (5)
Bonjour à tous,
J’ai volé lundi dernier (18 octobre) avec mon copain Philippe Mayette, qui est déjà bien avancé dans sa progression vers la licence commerciale. Philippe m’avait offert de l’accompagner lors de son vol voyage de 300 milles nautiques requis pour l’obtention de cette licence. Voici donc un compte-rendu de ce vol.
Nous devions initialement nous rendre à Val-d’Or/Rouyn/Timmins mais la météo allait en décider autrement. Lorsque nous nous sommes rencontrés chez Cargair le matin du départ (vers 8h), un système de basse pression situé sur la Baie James offrait des conditions peu favorables pour le vol à vue dans la région de l’Abitibi et le Nord-est ontarien, avec des plafonds bas et des averses de pluie ou de neige. Rien de rassurant.
En bon capitaine, Philippe proposa alors son plan B, soit de bifurquer un peu plus vers l’ouest et se faufiler dans une large brèche présentant de meilleures conditions, soit la route Mascouche/Gatineau/North Bay/Sudbury, à 328 milles nautiques de notre base de départ. Le retour se ferait sur la même route en sens inverse.

Le vol voyage de 300 NM que Philippe a planifié pour nous (portion EST en haut, portion OUEST en bas).

Philippe me confia la tâche de copilote et je devais m’occuper de la navigation: cartes, CFS aérodromes, fréquences radio et GPS (Garmin 196).
Pour plus de sécurité, et compte tenu des vents modérés prévus à notre altitude de croisière (24-28 kt à 6,500 pieds) que nous allions rencontrer de face à l’aller, Philippe à eu la brillante idée de réserver un avion muni de réservoirs «long range», offrant une autonomie plus grande en carburant de près de 1h30. D’autant plus qu’un NOTAM (Notice to Airmen) en vigueur à North Bay, annonçait que le service de ravitaillement ne serait pas disponible à notre arrivée.
J’ai commencé à préparer le Cessna immatriculé C-GBZF pour le départ, pendant que Philippe déposait le plan de vol. On s’est ensuite installé à bord. Ça me faisait drôle d’être assis à la droite pour une fois. On a quitté le sol à 9h13 mettant le cap sur le VOR de Montréal, en montant dans la zone du Terminal après y avoir été autorisé. Tout le reste du voyage allait se faire sous la surveillance de l’ATC, en français dans un premier puis en anglais au-delà d’Ottawa.
En route vers Gatineau, Philippe m’a montré comment programmer le GPS avec la fonction «DIRECT», ou il suffit d’entrer les lettres de l’aérodrome de destination «CYND» dans le cas de Gatineau et de valider. Le GPS affiche alors notre position et les repères géographiques principaux. Ce qui est bien avec le GPS c’est qu’en plus il nous donne précisément la distance à parcourir, la vitesse sol et l’heure estimée d’arrivée.

La rivière des Outaouais et la ville de Hawkesbury sur la rive Nord (à gauche avec le pont la reliant à Grenville).
On s’est posé délicatement à Gatineau vers 10h15 où on a fait le plein pour être sûr de se rendre à Sudbury. Une petite escale de 30 minutes.

Les installations de Gatineau (CYND) en sortant de piste.


Quelques minutes après le départ de Gatineau (Ottawa en arrière-plan), cap sur le VOR de Killaloe.
Le GPS n’était toutefois pas notre outil premier de navigation, mais juste une sécurité supplémentaire aux cartes VFR. En fait, nous avons utilisé principalement des radiobalises VOR pour nous guider d’une étape à une autre. C’est un système très fiable pour naviguer que j’ai beaucoup apprécié lorsque nous avons entamé la portion entre le VOR de Killaloe et North Bay.
Dans cette région, les repères topographiques se résument à peu de choses, des lacs, des rivières, parfois une route ou une ligne hydro-électique. Rien de bien rassurant et le terme «région inhospitalière» prend tout son sens.
Sur les cartes de navigation, il y a de nombreux détails, mais beaucoup de petits lacs ne sont pas représentés, alors il faut en faire abstraction et utiliser seulement les plus grands pour visualiser la route devant nous.

Environ à mi-chemin entre Gatineau et le VOR de Killaloe, nous avions atteint notre altitude de croisière de 6,500 pieds et quelques nuages épars commençaient à apparaitre devant nous. Philippe a alors pris la décision de monter à 8,500 pieds afin de passer par dessus et ainsi éviter de devoir zigzaguer pour les éviter. On a volé ainsi un bon moment puis on s’est rendu compte que la couche commençait à vouloir se fusionner en dessous et on craignait de perdre toute référence avec le sol. J’avais d'ailleurs de la difficulté à bien suivre notre route à l’aide de la carte. C’est là qu’on apprécie vraiment le guidage radio. On est donc redescendu sous la couche fragmentée de nuages à 4,500 pieds et on a alors rencontré des turbulences désagréables, mais on n’avait pas le choix de les endurer.
À North Bay, le contrôleur nous a autorisés à faire une approche directe sur la piste «deux six» longue de 10,000 pieds tout en restant à l’écart de la piste transversale (18-36), car il y avait des opérations LAHSO (Land And Hold Short Operations) en cours, c'est-à-dire que les deux pistes étaient en service simultanément. Ça nous donnait environ 5,000 pieds de piste, ce qui était amplement suffisant pour un C172.
Toutefois, comme la piste était très longue, Philippe a mal jugé l’altitude, une illusion causée par les proportions différentes qu’offre une longue piste par rapport à une plus courte. Bref, on est arrivé pas mal haut et vite en finale. On a donc atterrit très long et on a eu besoin de 4,998 pieds pour s’arrêter. On a senti la nervosité du contrôleur au dernier moment lorsque celui-ci nous a rappelé la consigne LAHSO. Probablement que cette erreur aurait été évitée si nous avions effectué un circuit normal au lieu d’une approche directe. Philippe ne s’est pas caché que ce n’était pas son plus bel atterrissage, mais j’aurais probablement fait la même chose. En plus, le vent à 40° et les turbulences ne nous ont pas aidés.

L’approche directe sur North Bay (CYYB), piste «deux six», vers 13h10.
En stationnant l’avion sur le tarmac de CYYB, on a remarqué la présence de quatre avions militaires de modèle inconnu, mais magnifiques et portant l’inscription «Top Aces» sur leur queue. Puis en entrant dans le FBO de Shell, on a vu des pilotes vêtus de combinaison de Nomex et on a fait le lien avec ces fameux jets.
On les a salués respectueusement au passage, car de toute évidence c’était des pros. On a pris 45 minutes pour dîner dans le terminal.
Au retour, j’ai appris qu’il s’agissait en fait d’Alpha Jet de fabrication européenne (Dassault/Breguet-Dornier) opérés par une société privée (topaces.com) et composée de pilotes chevronnés de grandes expériences.

Ravitaillement des Alpha Jet - Top Aces, sur le tarmac de North Bay.


Notre escale à North Bay, et une vérification du niveau de carburant avant le départ vers Sudbury.
Finalement, on aurait pu faire le plein à North Bay contrairement à ce qui avait été annoncé par le NOTAM avant notre départ, puisqu’une livraison de carburant était arrivée par camion en matinée. Après vérification minutieuse des réservoirs, Philippe a conclu qu’on avait suffisamment de carburant pour atteindre Sudbury à seulement 45 minutes de vol.
La région de Sudbury ressemble beaucoup à celle de l’Abitibi, avec sa forêt boréale, ses lacs et ses mines nombreuses. Nous avons finalement atteint notre destination à 15h13 soit après 4h14 de vol (excluant les escales).
Durant notre escale de 30 minutes à Sudbury, on a fait le plein jusqu’au bouchon, car le retour allait se faire d'un seul trait, mais aidé cette fois par des vents favorables.

La région minière de Sudbury, juste après le décollage (à 328 milles nautiques de notre point de départ).
En prenant le cap sur North Bay, en sens inverse on a tout de suite constaté le gain appréciable de vitesse que nous offrait le vent dans le dos. Au lieu des 87-90 noeuds que nous avions à l’aller, cette fois l’anémomètre oscillait entre 125-130 noeuds, un gain de 37%.
Pour le retour, on a pu profiter d’une altitude de 5,500 pieds seulement. Philippe aurait aimé monter un peu plus pour profiter au maximum des vents, mais la couche nuageuse ne le permettait pas. Philippe m’a confié les commandes sur une bonne portion de la route entre North Bay et Killaloe. Après quoi, j’ai commencé à avoir un léger mal de tête, sans doute causé par la pression continue de mon casque et de mes lunettes sur mes tempes.
C’était la première fois que je voyais le soleil aussi bas sur l’horizon en plein vol. Au coucher du soleil, nous survolions la ville d’Ottawa et le spectacle était vraiment magnifique, avec les derniers rayons de soleil qui accrochaient aux structures des teintes chaleureuses.


Au retour, la grande région d’Ottawa au crépuscule, avec un zoom sur le Parlement canadien au centre de l’image.
L’arrivée sur Montréal a été tout aussi impressionnante avec toutes ces lumières qui formaient sous nos ailes une mosaïque féérique s’étendant à perte de vue. Quel spectacle! Ça me donne le goût de faire mon vol de nuit...

À notre arrivée à Montréal (ouest de l’île) à la tombée de la nuit.
On s’est posé à Mascouche à 18h35 précisément soit après 2h42 de vol seulement (1h30 de moins qu’à l’aller). Pour Philippe c’était une étape de plus vers son but. Pour moi, une journée mémorable qui a renforcé mes capacités à voir plus loin. J’en garderai de bons souvenirs.
Philippe m’a confié avoir été rassuré par la présence d’un autre pilote à ses côtés. C’est pratique de pouvoir déléguer certaines tâches et de savoir que nos décisions sont validées par d’autres.
Merci Philippe pour ce beau vol et bon succès pour le reste de ta route.
Posté le dimanche 24 octobre 2010
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